22.02.2009
J.-M.G. LE CLEZIO, ou le silence assourdissant de la France
En décembre 2008, le prix Nobel de littérature était attribué à J.-M.G. Le Clézio, écrivain français dont le regard se tourne davantage vers l'Amérique, l'Afrique, ou les Antilles. On aurait pu penser que les défenseurs de "l'exception culturelle française" allaient se précipiter sur ce coup de chapeau international. On aurait pu imaginer que les responsables culturels de tous bords allaient s'engager à lire et relire l'œuvre de Le Clézio. Il n'en est rien. On ne dit rien. Pourtant les lecteurs de Le Clézio sont très nombreux en France et dans le monde. Dans les universités, beaucoup d'étudiants travaillent sur des sujets de thèse consacrés à Le Clézio. En France, une association des lecteurs de Le Clézio a vu le jour en 2007. On peut penser qu'elle sera à même d'aider à une meilleure connaissance de cette littérature, par le biais d'une revue annuelle intitulée les Cahiers Le Clézio, à commander directement chez l'éditeur ou chez votre libraire. Ces lecteurs anonymes, militants, passionnés sont extrêmement fiers d'avoir découvert avant la reconnaissance internationale, un écrivain à part dans le paysage littéraire français.
Il n'en demeure pas moins qu'on peut s'interroger sur le silence qui, en France, recouvre l'œuvre littéraire de JMG Le Clézio. Certes l'écrivain est peu enclin à favoriser les rencontres populaires, les interviews, les télés, etc. Homme profondément libre, voyageur aux semelles de vent, il est lui-même rentré à nouveau dans la solitude, depuis que ce sont achevées les cérémonies du Prix Nobel de littérature.
Du 26 au 28 février 2009 se tiendra le premier festival de littérature française à New York. Vu de France, l'idée paraît excellente, même si on ignore quel public va fréquenter ce festival, et s'il sera enthousiaste... Vu de France, on peut tout imaginer. On peut même imaginer le pire, que ce soit un fiasco complet ! que la cohorte des écrivains français invités à New York se retrouvent seuls sans lecteurs, mais juste quelques mondains et amis de la France. A lire les noms des invités, on est surpris... Sont-ils, ces écrivains-là, du moins quelques-uns d'entre eux, les représentants de la littérature française d'aujourd'hui ? Ne sont-ils pas plutôt les membres reconnus d'une sorte de réseau, un cercle fermé d'auteurs, qui font marcher les ventes de l'édition française, qui passent plus de temps avec les journalistes qu'avec les lecteurs mais qui n'ont rien à voir avec la littérature internationale francophone.
Le programme de cette manifestation aurait pu être généreux et audacieux : il est d'une pauvreté affligeante, si on le place dans le contexte de la mondialisation culturelle et internet. On apprend que les auteurs invités vont respectivement bavarder avec un auteur américain... Le projet s'arrête là.
Dans le monde chancelant de l'économie de marché qui génère angoisses et incertitudes, les lecteurs auront de plus en plus besoin de croiser des écrivains remarquables qui les aideront à vivre, grâce à un imaginaire fécond, une langue riche, une syntaxe originale, un choix singulier de métaphores, des obsessions, des névroses.
Le silence qui recouvre la littérature de Le Clézio trahit des paradoxes et des hypocrisies. Il signe peut-être la mort définitive de cet étrange et dangereux concept d'exception culturelle française.
PS : Au moment où cet article est publié, Jean Marie Gustave Le Clézio ainsi que l'écrivain Hubert Haddad, lauréat du Prix des cinq continents de la Francophonie 2008, sont invités au Sénégal du 19 au 28 février 2009, à l'initiative de l’Organisation internationale de la Francophonie. Des rencontres littéraires sont arganisées pour permettre d’échanger avec des lycéens, étudiants, écrivains, libraires et artistes. L’occasion pour les deux écrivains de rappeler leur attachement à l'interculturalité pour que toutes les cultures s'expriment dans le respect de leurs différences.
Ces rencontres font partie du programme promotionnel du lauréat du Prix des cinq continents, qui a obtenu cette distinction pour son roman «Palestine (Editions Zulma). Jean-Marie Gustave Le Clézio est membre du Jury du Prix des Cinq continents depuis sa création en 2001.
Note à propos du visuel : Joseph Kosuth (American, b. 1945). 276. (On Color Blue), 1990. Neon tubing, transformer, and electrical wires, 30 x 162 in. (76.2 x 411.48 cm). 1992.215, Mary Smith Dorward Fund. 2009, Brooklyn Museum.
05.02.2009
Le livre et l'enluminure
"L'enluminure, c'est l'art de peindre les lettres et les miniatures (figures de petites dimensions et de couleurs vives) qui ornent les anciens manuscrits. " Voilà la définition la plus classique qui soit de l'enluminure.
L'enluminure c'est l'art de mettre le texte en lumière. Une enluminure donne de l'éclat au mot, à la page.
Cette fonction ancienne est fascinante. Il y a d'emblée l'acceptation de la part du moine rédacteur ou copiste du Moyen Age, que le mot, le sens, la lumière sont étroitement liés. Avec les outils de l'époque, la technique de l'enluminure s'était imposée pour renforcer la compréhension du texte.
A regarder de près, le lecteur du XXIe siècle devrait retenir ce détail : que le désir des lecteurs médiévaux ait été celui-là, faire lumière dans le texte, poser de la lumière sur le sens du texte. L'image est faible, si on lui confère également ce rôle d'éclairage. L'image illustre mais ne met pas forcément en lumière le propos.
Aujourd'hui cet art est purement décoratif.
A l'époque médiévale il jouissait de ses lettres de noblesse.
Aujourd'hui, les livres enluminées appartiennent à la catégorie des beaux-livres et des incunables. Le lecteur contemporain s'extasie sur la beauté du document souvent admirablement conservé, mais ne s'interroge plus sur la question du sens.
Ci-dessus,
page extraite du "Cantique des cantiques", 1400 - Grégorius - XVe siècle/ Copyright Institut de recherche et histoire des textes, France.
14:00 Publié dans Création de livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : livre, enluminure, typographie, texte, image, moyen age, technique de l'enluminure

