26.05.2009
Richard Millet, Corps en dessous
Le dernier livre de Richard Millet, intitulé La Confession négative publié chez Gallimard en 2009, se déroule dans un Liban en plein guerre.
L'oeuvre de Richard Millet est riche de plusieurs dizaines d'ouvrages. Parmi eux, de petits livrets au nombre de 5 chez l'éditeur prestigieux Fata Morgana. La lecture de celui-ci au titre rêveur, Corps en dessous, se compose de trois courts récits. Des histoires de femmes et des corps de femmes. Au delà de ces femmes, seules, jolies un jour sur deux pour l'une, à moitié laide pour l'autre, des femmes aux corps transformé par les maternités, c'est aussi l'homme qui est visé. L'homme devant la femme, l'homme au côté de la femme, et bien au-delà, ce qui est dénoncé c'est le couple absurde qui se crée un temps, comme une posture, l'un en dessous de l'autre, juste pour la satisfaction immédiate d'un désir. La trace si brûlante se révèle éternelle. Il y a un goût d'amertume, une sorte de désenchantement absolu dans cet accouplement des corps qui ignorent la passion de l'amour. Il y a un refus d'idéalisation de l'amour. Il y a des hommes veules, prétentieux et insignifiants qui alourdissent les corps des femmes en les fécondant. La poétique de Richard Millet se rapproche du désespoir, comme si le territoire de l'amour avait été tué dès la naissance par des secrets. "L'amour est, au contraire, une damnation." En fait, à lire l'écriture si bien ciselée de Richard Millet, on y découvre le corps meurtri de l'homme, celui qui souffre cruellement, atterré par l'accouplement. Et délaissant l'amour, la douceur, l'érotisme, cet homme-là part faire la guerre, les armes glissées dans son sac. Glissement progressif des désirs : la figure irréparable du meurtre. "N'est-ce pas l'insignifiance des hommes qu'elles viennent oublier, ici (...) les femmes et les filles, toutes les femmes, une fois saigné l'homme-loup ?"
Richard Millet, Corps en dessous, avec des dessins de Damien Daufresne, éditions Fata Morgana, 2007.
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22.05.2009
Pourquoi écrivez-vous ?
Le PDG de Google, Eric Schmidt, récemment devant un public de 6000 étudiants de l'Université de Pennsylvanie, a encouragé son auditoire à éteindre les ordinateurs et les téléphones portables et prendre ainsi le temps de découvrir tout ce qu'il y a d'humain autour de soi. Cette invitation est remarquable et fait rêver. Pourquoi écrivez-vous ? parce que j'ai décidé de prendre le temps de rêver.
La société post industrielle dans laquelle nous vivons tue le rêve. Cette invitation est encore plus remarquable quand on sait qu'elle s'adresse à des jeunes gens qui viennent de terminer leurs études (c'était une séance de remise de diplômes de fin d'études) et qu'on peut imaginer que leurs premières années de vie professionnelle vont se dérouler devant des écrans et l'oreille collée contre un Blackberry ou un Iphone.
Au XXe siècle, il y a deux générations seulement qui ont pris le temps de rêver. La première est celle des artistes Dadaistes et Surréalistes, à la sortie du cauchemar que fut la Première Guerre mondiale ; ces jeunes gens dont nombreux avaient été enrôlés dans la guerre se sont rassemblés pour inventer une façon de vivre, où l'art et la poésie affirmeraient des valeurs politiques. Sous la houlette d'André Breton, ils ont remis en cause un système de valeurs traditionnelles et établies pour donner la parole à l'imaginaire. Cela a démarré en Europe et plus particulièrement en France, et le mouvement s'est propagé peu à peu au delà de l'Atlantique sur le continent américain. On peut considérer que le surréalisme meurt pendant la Seconde guerre mondiale. La seconde génération est celle des Hyppies des années 1960 et là le mouvement partira des Etats Unis et rayonnera dans toute l'Europe. Une génération de jeunes se soulève contre celle de leur parents, prône le renversement de valeurs bourgeoises, développe une nouvelle façon de vivre et là les femmes prennent réellement la parole. La part utopique de la génération hyppies est puissante parce qu'elle associe toutes sortes de revendications associées à toutes sortes de groupuscules.
Pourquoi écrivez-vous ? parce que j'ai décidé de prendre le temps de rêver. Je pose la question régulièrement aux auteurs de manuscrits. Les auteurs ne rêvent pas. Du moins ils ne le disent pas. Ils n'osent peut être pas le dire... Ils préfèrent parler de leur désir d'être connus ou reconnus (alors ils sont tellement nombreux qu'on ne les entend plus, on ne les remarque plus, ces auteurs là qui veulent bénéficier d'une heure de gloire grâce à un petit livre publié). Ils se justifient par le fait qu'ils ont quelque chose à dire... L'écriture est ce lieu fantastique où je (je = celui qui écrit, et non pas moi l'auteur du blog) me recentre, où je frôle les désirs, où je laisse apparaître l'autre face du miroir, ce que je ne montre pas dans la vie quotidienne. L'écriture est un territoire qu'il faut apprivoiser longuement, comme un jardin. L'écriture c'est aussi un lieu de confrontations, de dialogues et de pensées avec l'autre. L'écriture épouse l'intime et ne peut se satisfaire de "gloire" éphémère.
Ce matin, je remercie le PDG de Google de rappeler le rôle majeur de la poésie.
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