23.06.2009

Comment s'adresser à un éditeur ?

hijazi.jpgCe matin, en écoutant cette interlocutrice au téléphone, une marseillaise, me précisait-elle, je me demandais ce qui pouvait déclencher en elle ce besoin qu'éprouvent nombre de gens à vouloir, non pas forcément écrire, mais être publié. Cette dame, dont j'ignore le nom, découvrant mon numéro de téléphone dans l'annuaire, me demande de but en blanc, si je veux bien éditer son manuscrit. Je ne la connais pas, je n'ai rien lu d'elle, elle ne m'a rien dit de son texte. Quand je l'interroge sur ce qu'elle écrit, ou ce qu'elle a écrit, elle répond "une histoire", puis "quelque chose de vrai" et elle finit par dire "la mort de mon fils" et elle rajoute " c'est plein de mystère".

Que répondre ?

Elle me raconte qu'elle reçoit nombre de propositions d'éditeurs à compte d'auteur. Certains lui envoient immédiatement des contrats, d'autres lui donnent des notes comme à l'école sur son manuscrit (le sien aurait été noté 8/10 !...), d'autres assurent de lui dénicher un "grand éditeur parisien". Elle m'émeut, mais j'en ai tellement entendu, des, comme elle, qui se laissent volontiers bercer par l'illusion de la gloire.

Écrire ne justifie pas d'aller solliciter un éditeur. Mais si écrire devient une nécessité et que finalement il faut passer par la case éditeur, alors il faut vraiment s'y prendre autrement. Quand je demande à cette dame si quelqu'un lui a donné des conseils pour remanier son texte ou si ces coaching qu'elle a rencontrés lui ont suggéré des réflexions au niveau de son texte proprement dit, elle répond par la négative. "On ne m'a rien de tout cela. On ne m'a rien dit sur mon texte", répète-t-elle.

Il faut aller voir un éditeur uniquement le jour où l'on sent que le texte est suffisamment travaillé et qu'il peut éventuellement disposer d'un cercle de lecteurs. Sinon, le manuscrit doit rester dans un tiroir. Il faut aller se présenter chez un éditeur avec un texte lu, relu, corrigé, structuré, composé, architecturé. Hier j'ai corrigé un manuscrit de 75 pages, écrit par une antillaise. Elle a rédigé un texte de souvenirs d'enfance. L'écriture de ce texte était assez difficile à corriger, un mélange de français et de créole. Des passages très chantants, d'autres incompréhensibles. Elle a payé sa prestation, sans demander si je pourrais lui trouver un éditeur. Cela m'a réjouie ! Elle m'a simplement avoué qu'elle voulait qu'il soit bien écrit, et surtout qu'il ne comporte pas de fautes d'orthographe. Et de préciser, sur le ton de la modestie, que c'était pour sa famille. Voilà qui est bien et heureux !

Ecrire, c'est choisir un sujet d'écriture, se mettre au travail, réécrire souvent. Mais une fois achevé, tout commence ! La question principale à poser, c'est de se demander quel lecteur pourrait avoir envie de lire mon texte ? Publier c'est entrer en relation avec le lecteur. L'éditeur à ses risques et périls tente de mettre des outils en place pour susciter cette relation.

 

09.06.2009

Une chambre en Hollande de Pierre Bergounioux

250px-René_Descartes_i_samtal_med_Sveriges_drottning,_Kristina.jpgSeulement 57 pages. Mais 57 pages de bonheur littéraire. Une écriture serrée, minutieuse, élaborée. Et peu à peu, dans ces préliminaires empruntés à l'Histoire de l'Antiquité grecque, se dégage de loin puis de près le fantôme de René Descartes, jusqu'à le voir là bien vivant dans ce tableau émouvant, comme la chambre.

"Aux premiers jours de décembre 1628, Descartes quitte Paris. Il ne s'achemine pas directement vers sa destination. Il se retire à la campagne, on ne sait où, pour se préparer au régime philosophique qu'il observera jusqu'au bout. La base de ce régime, c'est l'absence au monde, l'extériorité sentie, voulue, à la vie. Il implique la solitude qu'on ressent au sein de la foule, au coeur des grandes villes, lorsuq'on est à l'étranger. N'importe quelle paroisse rurale française pour lui en donner un puissant avant-goût, l'aider à s'y accoutumer. Il lui faut aussi se faire à la froidure du lointain promontoire remparé de digues, cinglé de bourrasques de la mer du Nord ou noyé, quand le vent passe à l'est, du brouillard glacé de la plaine allemande. On n'a pas d'autres détails sur le sas où il s'enferme du début de l'Avent à la fin mars 1629." (page 44-45)

C'est un livre très calme, dense, riche, mais empli de la douceur de penser. On ne sait pas dans quel temps on se trouve, si c'est le présent ou le passé. On se laisse bercer par les images, par le rythme. Il y a les pans de biographie de Descartes, des moments de réflexions philosophiques, des paysages, des voyages. Il y a déjà en filigrane un parfum d'Europe qui se propage.

Ce livre est un bijou précieux.

Une chambre en Hollande, Pierre Bergounioux,

Verdier, 2009, 9.80 euros.