07.12.2009

Ré-écriture d'un texte

papyrus_avec_ecriture_hieratique.jpgBeaucoup d'auteurs ne sont pas concernés par la mission de réécriture qui consiste à confier son texte à une personne extérieure afin de lui redonner une architecture cohérente, reprendre certains passages, les transformer sans jamais atérer le sens, enfin faire en sorte que ce texte acquiert toutes les qualité de lisibilité nécessaires pour devenir un bon texte.

Il y a des textes impossibles à ré-écrire, quand bien même l'auteur le souhaiterait. Il s'agit alors de textes singuliers, disposant de leur propre personnalité, de leur langue, etc.

La ré-écrture impose de la part de celui qui va mettre en oeuvre cette mission, de s'effacer au profit de l'auteur. C'est un travail à faire dans l'humilité. Que veut dire l'autseur ? Pourquoi veut-il écrire ceci ou cela ? Il faut alors intégrer son système de pensée et l'adapter à l'univers de compréhension qui est le nôtre. Il y a des ré-écritures qui s'appuient essentiellement sur la parole de l'auteur. Ce dernier en général a écrit seulement quelques feuillet. Il sait ce qu'il veut dire mais manque de liberté pour s'approprier les arcanes de la langue écrite.Le travail devient minutieux, comme un orfèvre.

La ré-écriture est un style. Ne pas être précieux là où l'auteur revendique du simple, de l'ordinaire, du populaire, etc. La ré-écriture exige une grande discipline sur soi. Oublier soi pour écouter l'auteur et l'aider à se mettre en relation avec le lecteur à venir.

Peu nombreux sont ceux qui aiment faire ce travail souvent fastidieux, mais ô combien riche d'enseignements, d'expériences de la vie. C'est pourquoi cette prestation a son coût financier. Ni trop cher, ni pas assez cher. Mas avant de définir le coût, il faut définir avec soin la relation qui va s'établir entre l'auteur et son ré-écriteur. La mission peut se poursuivre sur plusieurs mois. On va écrire, déchirer les feuillets, recommencer, relire, gommer, raturer, reconnaître que ça ne va pas, recommencer encore. Mais l'auteur est là, sans cesse sollicité. "Qu'en pensez-vous ? Est-ce que cette partie vous convient ?"

La ré-écriture de documents d'information est plus aisée. En général on intervient dans un domaine plus ou moins connu. Il n'y a pas d'affect. On écrit à la place de l'auteur. On ré-écrit derrière l'auteur.

Le plus grand plaisir pour celui qui ré-écrit, c'est d'entendre l'auteur lui confier : "Là dedans je me reconnais bien !"

Chaque fois que je reprends ainsi un texte pour un auteur, je fais en sorte que nous parvenions ensemble à ce stade de pleine et entière satisfaction.

 

11.07.2009

Le bon plaisir de l'érudition

afterjoyce.jpg"Une Vie de Pierre Ménard" de Michel Lafon, roman publié chez Gallimard en 2008, fait partie de ces lectures que l'on mène avec lenteur et délice, à condition d'accepter sa propre ignorance de lecteur. Michel Lafon, essayiste, spécialiste de la littérature d'Argentine, et notamment spécialiste de l'oeuvre de Borgès, publie pour la première fois un roman. Avec habileté, il perturbe le lecteur en lui faisant croire que le faux est vrai et inversement. Tant et si bien que le lecteur, bon joueur, admiratif d'une écriture parfaitement ciselée, se laisse convaincre que tout est faux, ou tout est vrai, selon les pages.

C'est un livre admirable qui invente la vraie vie de Pierre Ménard dans le pays cévenol méditerranéen du sud de la France entre Nimes et Montpellier, sur les pas de Borgès, auteur de la nouvelle intitulée  " Pierre Ménard auteur du Quichotte". Avec force de détails, de vraies fausses notes en bas de page, des souvenirs inventés, tout est là pour nous convaincre, nous lecteurs innocents, entre les mains de l'écrivain, prêts à le suivre. Les détails font merveille, entre la stature du poète Paul Valéry et la voix d'André Gide, l'éloge des jardins anciens, l'ombre des oliviers, les parfums qui circulent entre ciel et pierres. Tout est là, magnifiquement exposé par la langue française de l'auteur, dépourvue de préciosité mais bien ancrée dans un savoir d'érudit qui nous éblouit, nous humbles lecteurs.

Je vous laisse découvrir...

Le visuel ici présent est une oeuvre de Robert The, artiste plasticien américain qui propose une réflexion sur l'objet livre sous le titre "Poussière de livre".

http://www.bookdust.com/

28.01.2009

Le blanc autour du texte

jessie_aureyre_01.jpgLa mise en pages d'un texte est une sorte de mise en scène des mots, des phrase, des paragraphes dans la page. Elle a pour objectif principal d'aider le lecteur à entrer dans le texte, à mieux l'apprivoiser, à mieux le comprendre. Et pour cela, il y a des outils : le choix typographique, le format de l'ouvrage, l'interlignage, les marges. Si on réfléchit à cette mise en scène des mots, on découvre à quel point la part du blanc, généreuse et calibrée, favorise l'émergence du sens dans le texte.
Il faut du blanc autour du texte. Souvent même il faut beaucoup de blanc. Une large part de blanc.
Le blanc n'est pas le vide. Le blanc est comme l'ombre. Il est le mystère de ce qui est. Il y a une sorte de magie qui habite le blanc autour du texte écrit.
Nombre d'auteurs, souvent des poètes, pensent à tort qu'un espace blanc entre les paragraphes, offre, "une respiration", disent-ils.
J'ai connu des auteurs qui m'ont fait souffrir en réclamant, comme un caprice, des sauts de ligne ici et là.
Quand il s'agit d'un texte, d'une écriture, le mot "respiration" ressemble à une torture.
Que veut dire "respirer" pour l'auteur ? On aimerait qu'il nous dise... Cette "respiration" que réclame l'auteur, n'est-elle pas là pour juste apaiser les inquiétudes de l'auteur ? Pourquoi l'auteur veut-il aider le texte à "respirer" ? à moins qu'il veuille aider le lecteur à respirer... ce qui est pire.
Tout cela est du bavardage.
Seul, l'éditeur sait que le blanc autour du texte donne force à l'écriture.
Pour faire un livre, il faut penser au blanc autour du texte et non pas au blanc à l'intérieur du texte. L'alinéa justifie par sa seule existence, le temps de pause, le passage d'une idée à une autre, d'une scène à une autre. Le chapitre remplit également cette fonction : passer d'un sujet à un autre.
On oublie l'impact du blanc, aujourd'hui, dans ce monde tout en images colorées.
Le typographe Massin nous enseigné la valeur du blanc. Il nous l'enseigne encore d'ailleurs. Et le plus bel exemple, dans sa production foisonnante, c'est son concept de couverture de la Collection Folio, chez Gallimard où le blanc exprime son éclat particulier.
La célébration du "blanc autour" : une mise en scène du sens, des sens et des désirs.

16.12.2008

Ecrire, ré-écrire un texte

Un texte n'est jamais abouti. Je suis toujours surprise lorsque je demande aux auteurs de relire leur texte et d'apporter les nouvelles corrections. Ils me regardent, interloqués. Ils ont du mal à comprendre que ce texte qui a été accepté par l'éditeur puisse encore être modifié. Comme si le texte était une œuvre bouclée une bonne fois pour toute. La ré-écriture est une tentation salutaire. Il faut passer le temps à reprendre le texte, jusqu'à épuisement de soi même. C'est un moment riche, pour l'écrivain face à son texte : le reprendre, l'enrichir, lui redonner une couleur qui lui manquait. La réécriture d'un texte est aussi un travail fastidieux que certains auteurs universitaires d'ailleurs confient à des professionnels pour pouvoir prendre du recul face à leur travaux de publications. Je conçois cela.

14.12.2008

Pourquoi écrire ?

Les manuscrits sont toujours empilés, nombreux, sur la table de l'éditeur. Si les auteurs découvraient physiquement l'état de ces piles de manuscrits, ils se sauveraient en courant, et oublieraient leur désir d'être publiés. A moins que les auteurs soient plus tenaces que je ne les imagine. Et coût que coûte, ils vont batailler pour voir leur manuscrit figurer en première place sur le haut de la pile.
C'est toujours difficile de refuser un manuscrit. Mais le refus est une nécessité. Ce qui est difficile, ce n'est pas de refuser. Mais c'est de mesurer l'attente de l'auteur, une attente immense et intense, face à votre avis d'éditrice. Il pourrait se forger un dialogue entre l'auteur et l'éditrice. Dans certains cas, ce dialogue est possible. La plupart du temps il est impossible, faute de temps, faute d'émotion aussi. Il y a tant de manuscrits qui parviennent jusqu'à moi dont je ne comprends pas une ligne.
J'ai appris à dire : " Il y a un livre en chaque homme. Chaque homme au monde a un livre à écrire. Au moins un. Nul besoin alors de le publier." C'est lorsque les manuscrits s'accumulent en soi que l'on peut prétendre au statut d'écrivain. Je crois que c'est ainsi.

lecléziocouvlweb.jpg

Ci-dessous, voici le dernier ouvrage que j'ai dirigé au sein de la maison d'édition Complicités ; c'est le premier numéro d'une revue annuelle qui permettra aux lecteurs de l'œuvre de J.-M.G. Le Clézio, prix Nobel de littérature 2008, d'en apprendre davantage sur cette œuvre magnifique. On peut le commander directement sur le site de la maison d'édition ainsi que chez le libraire.

Pourquoi écrire ?

Les manuscrits sont toujours empilés, nombreux, sur la table de l'éditeur. Si les auteurs découvraient physiquement l'état de ces piles de manuscrits, ils se sauveraient en courant, et oublieraient leur désir d'être publiés. A moins que les auteurs soient plus tenaces que je ne les imagine. Et coût que coûte, ils vont batailler pour voir leur manuscrit figurer en première place sur le haut de la pile.
C'est toujours difficile de refuser un manuscrit. Mais le refus est une nécessité. Ce qui est difficile, ce n'est pas de refuser. Mais c'est de mesurer l'attente de l'auteur, une attente immense et intense, face à votre avis d'éditrice. Il pourrait se forger un dialogue entre l'auteur et l'éditrice. Dans certains cas, ce dialogue est possible. La plupart du temps il est impossible, faute de temps, faute d'émotion aussi. Il y a tant de manuscrits qui parviennent jusqu'à moi dont je ne comprends pas une ligne.
J'ai appris à dire : " Il y a un livre en chaque homme. Chaque homme au monde a un livre à écrire. Au moins un. Nul besoin alors de le publier." C'est lorsque les manuscrits s'accumulent en soi que l'on peut prétendre au statut d'écrivain. Je crois que c'est ainsi.

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Ci-dessous, voici le dernier ouvrage que j'ai dirigé au sein de la maison d'édition Complicités ; c'est le premier numéro d'une revue annuelle qui permettra aux lecteurs de l'œuvre de J.-M.G. Le Clézio, prix Nobel de littérature 2008, d'en apprendre davantage sur cette œuvre magnifique. On peut le commander directement sur le site de la maison d'édition ainsi que chez le libraire.