22.05.2009

Pourquoi écrivez-vous ?

revegeneral.jpgLe PDG de Google, Eric Schmidt, récemment devant un public de 6000 étudiants de l'Université de Pennsylvanie, a encouragé son auditoire à éteindre les ordinateurs et les téléphones portables et prendre ainsi le temps de découvrir tout ce qu'il y a d'humain autour de soi. Cette invitation est remarquable et fait rêver. Pourquoi écrivez-vous ? parce que j'ai décidé de prendre le temps de rêver.

La société post industrielle dans laquelle nous vivons tue le rêve. Cette invitation est encore plus remarquable quand on sait qu'elle s'adresse à des jeunes gens qui viennent de terminer leurs études (c'était une séance de remise de diplômes de fin d'études) et qu'on peut imaginer que leurs premières années de vie professionnelle vont se dérouler devant des écrans et l'oreille collée contre un Blackberry ou un Iphone.

Au XXe siècle, il y a deux générations seulement qui ont pris le temps de rêver. La première est celle des artistes Dadaistes et Surréalistes, à la sortie du cauchemar que fut la Première Guerre mondiale ; ces jeunes gens dont nombreux avaient été enrôlés dans la guerre se sont rassemblés pour inventer une façon de vivre, où l'art et la poésie affirmeraient des valeurs politiques. Sous la houlette d'André Breton, ils ont remis en cause un système de valeurs traditionnelles et établies pour donner la parole à l'imaginaire. Cela a démarré en Europe et plus particulièrement en France, et le mouvement s'est propagé peu à peu au delà de l'Atlantique sur le continent américain. On peut considérer que le surréalisme meurt pendant la Seconde guerre mondiale. La seconde génération est celle des Hyppies des années 1960 et là le mouvement partira des Etats Unis et rayonnera dans toute l'Europe. Une génération de jeunes se soulève contre celle de leur parents, prône le renversement de valeurs bourgeoises, développe une nouvelle façon de vivre et là les femmes prennent réellement la parole. La part utopique de la génération hyppies est puissante parce qu'elle associe toutes sortes de revendications associées à toutes sortes de groupuscules.

Pourquoi écrivez-vous ? parce que j'ai décidé de prendre le temps de rêver. Je pose la question régulièrement aux auteurs de manuscrits. Les auteurs ne rêvent pas. Du moins ils ne le disent pas. Ils n'osent peut être pas le dire... Ils préfèrent parler de leur désir d'être connus ou reconnus (alors ils sont tellement nombreux qu'on ne les entend plus, on ne les remarque plus, ces auteurs là qui veulent bénéficier d'une heure de gloire grâce à un petit livre publié). Ils se justifient par le fait qu'ils ont quelque chose à dire... L'écriture est ce lieu fantastique où je (je = celui qui écrit, et non pas moi l'auteur du blog) me recentre, où je frôle les désirs, où je laisse apparaître l'autre face du miroir, ce que je ne montre pas dans la vie quotidienne. L'écriture est un territoire qu'il faut apprivoiser longuement, comme un jardin. L'écriture c'est aussi un lieu de confrontations, de dialogues et de pensées avec l'autre. L'écriture épouse l'intime et ne peut se satisfaire de "gloire" éphémère.

Ce matin, je remercie le PDG de Google de rappeler le rôle majeur de la poésie.

 

30.12.2008

Mort d'un jardinier de Lucien Suel

J'ignorais Lucien Suel. J'avais lu, il y a quelques semaines, un article sur cet ouvrage dans le Monde des Livres.
Je viens de refermer le livre sur ces dernières lignes "... tu as rejoint le plus grand nombre, tu es mort, le rouge-gorge s'envole, se pose sur le sureau, son chant liquide et mélancolique résonne à travers tout le jardin ; à un mètre de ton corps abandonné, la terre se soulève légèrement en un point précis, le sol se déforme, un monticule apparaît, une terre fine et noire qui monte en un cône gracieux et s'éboule doucement, là-dessous une taupe noire et lustrée pousse de toutes ses forces pour déblayer sa galerie, le vent caresse ton visage détendu, soulève quelques mèches de cheveux gris, sèche la dernière larme qui a coulé sur ton visage, une mouche noire se pose sur le dos de ta main, arpente tes phalanges ridées, s'attarde sur ton alliance en or ; le dernier glaïeul de la saison se courbe lentement vers le sol, seule, accrochée à la hampe une ultime fleur rouge brille encore dans le soleil revenu ; une colonne de fourmis noires escalade ta bottine droite, passe sur la boucle du lacet, s'allonge au bord de la chaussette et pénètre sous la jambe de ton pantalon entre les poils du mollet ; un couple d'énormes pigeons ramiers s'abat dans le jardin et entreprend de visiter les derniers vestiges du parc de petits pois, une graine de pissenlit suspendue à son petit parachute s'est accrochée à l'entrée d'une de tes narines, de l'autre côté du grillage un lapin grignote un pied de luzerne sauvage, une noix dégringole du noyer et tombe dans l'herbe, les branches de l'érable champêtre grincent en se frottant l'une à l'autre : ton chat escalade souplement la barrière, saute dans l'allée et s'approche de ton corps gisant entre les bûches, le lapin détale, les pigeons s'envolent lourdement en faisant claquer leurs ailes, le rouge-gorge se tait, le chat noir se frotte contre ta veste en miaulant, on entend le bruit d'un moteur, une voiture qui s'arrête, une portière qui claque, une vache qui meugle, le chien des voisins qui aboie, puis quelques minutes plus tard, une voix qui t'appelle encore et encore, une voix qui crie ton nom à l'entrée du jardin."

Ainsi, filent les 170 pages de ce livre. Un monologue avec soi-même, transformé par la magie du style en un dialogue entre un narrateur JE, jamais prononcé, mais omniprésent du fait d'un TU, lui-même étant l'autre personnage, miroir du narrateur. Celui qui incarne le TU, identique à celui qui incarne le narrateur, est au travail, le métier de jardinier, dans l'espace clos du jardin. Tout aurait pu continuer ainsi paisiblement si soudain, un accident cardiaque n'allait pas chambouler la vie du jardinier solitaire. De l'espace clos du jardin, voilà que le lecteur pénètre dans un autre espace clos, celui de la mémoire du jardinier. Moult images, moult souvenirs, évoqués en courtes propositions, contigües les unes aux autres, simplement séparées par une virgule ou un point virgule avant que le point ne ferme définitivement la phrase.
La ponctuation est un régal : l'art de placer idéalement la virgule. Écrit au présent de l'indicatif, cet usage du temps confère une sorte d'éternité au TU qui va finir par mourir, et au-delà de la mort, va poursuivre ce monologue avec lui-même, séparé à tout jamais de ceux qu'il a aimés. Ce Tu est là, debout, assis, couché, gisant, vivant, mort, éternellement là. Il n'attend rien. Il est.

C'est la lecture la plus singulière de l'année. Une lecture pas comme toutes les autres qui réconcilie le lecteur à l'art de la fiction.

Mort d'un jardinier de Lucien Suel, roman, Éditions de la Table ronde, ISBN 978-2-7103-3092-9, prix public : 17 euros.

17.12.2008

Le Livre à la carte : c'est quoi ?

Le Livre à la carte, c'est un label que j'ai créé, il y a quelques années, parallèlement à mes activités de directrice éditoriale pour la maison d'édition Complicités.
Le Livre à la carte permet de mener à son terme un projet éditorial proposé par une institution ou un particulier, en dehors de système de diffusion ou distribution classique. Mais ce label permet surtout d'assurer une production en flux tendu, soit en tirage court (numérique) soit tirage offset (quantité réduite).
Dans les années à venir, les auteurs seront de plus en plus concernés par des solutions mises à leur disposition pour tirer leur livre, eux-mêmes, en 1 seul exemplaire s'il le souhaite. Ces techniques sont déjà mises en œuvre sur le marché.
Pourquoi aura-t-on toujours besoin de l'éditeur ? si l'éditeur doit penser à diversifier ses activités, les auteurs auront toujours besoin des compétences de l'éditeur dans cette opération importante qui consiste à transformer un manuscrit en livre. Pour ce faire, il ne suffit pas de disposer du logiciel adéquat dans son ordinateur.
Le Livre à la carte met à disposition de son client un savoir-faire : lecture, écriture, ré-écriture, mise en pages, typographie, impression.
Nombre de clients ont déjà fait appel à ce service.
Si vous souhaitez faire appel à nos compétences, prenez contact avec nous en envoyant un message