05.02.2009

Le livre et l'enluminure

IRHT_105940-p.jpg"L'enluminure, c'est l'art de peindre les lettres et les miniatures (figures de petites dimensions et de couleurs vives) qui ornent les anciens manuscrits. " Voilà la définition la plus classique qui soit de l'enluminure.
L'enluminure c'est l'art de mettre le texte en lumière. Une enluminure donne de l'éclat au mot, à la page.
Cette fonction ancienne est fascinante. Il y a d'emblée l'acceptation de la part du moine rédacteur ou copiste du Moyen Age, que le mot, le sens, la lumière sont étroitement liés. Avec les outils de l'époque, la technique de l'enluminure s'était imposée pour renforcer la compréhension du texte.
A regarder de près, le lecteur du XXIe siècle devrait retenir ce détail : que le désir des lecteurs médiévaux ait été celui-là, faire lumière dans le texte, poser de la lumière sur le sens du texte. L'image est faible, si on lui confère également ce rôle d'éclairage. L'image illustre mais ne met pas forcément en lumière le propos.
Aujourd'hui cet art est purement décoratif.
A l'époque médiévale il jouissait de ses lettres de noblesse.
Aujourd'hui, les livres enluminées appartiennent à la catégorie des beaux-livres et des incunables. Le lecteur contemporain s'extasie sur la beauté du document souvent admirablement conservé, mais ne s'interroge plus sur la question du sens.

Ci-dessus,
page extraite du "Cantique des cantiques", 1400 - Grégorius - XVe siècle/ Copyright Institut de recherche et histoire des textes, France.

28.01.2009

Le blanc autour du texte

jessie_aureyre_01.jpgLa mise en pages d'un texte est une sorte de mise en scène des mots, des phrase, des paragraphes dans la page. Elle a pour objectif principal d'aider le lecteur à entrer dans le texte, à mieux l'apprivoiser, à mieux le comprendre. Et pour cela, il y a des outils : le choix typographique, le format de l'ouvrage, l'interlignage, les marges. Si on réfléchit à cette mise en scène des mots, on découvre à quel point la part du blanc, généreuse et calibrée, favorise l'émergence du sens dans le texte.
Il faut du blanc autour du texte. Souvent même il faut beaucoup de blanc. Une large part de blanc.
Le blanc n'est pas le vide. Le blanc est comme l'ombre. Il est le mystère de ce qui est. Il y a une sorte de magie qui habite le blanc autour du texte écrit.
Nombre d'auteurs, souvent des poètes, pensent à tort qu'un espace blanc entre les paragraphes, offre, "une respiration", disent-ils.
J'ai connu des auteurs qui m'ont fait souffrir en réclamant, comme un caprice, des sauts de ligne ici et là.
Quand il s'agit d'un texte, d'une écriture, le mot "respiration" ressemble à une torture.
Que veut dire "respirer" pour l'auteur ? On aimerait qu'il nous dise... Cette "respiration" que réclame l'auteur, n'est-elle pas là pour juste apaiser les inquiétudes de l'auteur ? Pourquoi l'auteur veut-il aider le texte à "respirer" ? à moins qu'il veuille aider le lecteur à respirer... ce qui est pire.
Tout cela est du bavardage.
Seul, l'éditeur sait que le blanc autour du texte donne force à l'écriture.
Pour faire un livre, il faut penser au blanc autour du texte et non pas au blanc à l'intérieur du texte. L'alinéa justifie par sa seule existence, le temps de pause, le passage d'une idée à une autre, d'une scène à une autre. Le chapitre remplit également cette fonction : passer d'un sujet à un autre.
On oublie l'impact du blanc, aujourd'hui, dans ce monde tout en images colorées.
Le typographe Massin nous enseigné la valeur du blanc. Il nous l'enseigne encore d'ailleurs. Et le plus bel exemple, dans sa production foisonnante, c'est son concept de couverture de la Collection Folio, chez Gallimard où le blanc exprime son éclat particulier.
La célébration du "blanc autour" : une mise en scène du sens, des sens et des désirs.

21.01.2009

L'éditeur Robert Morel

Numériser0001.jpgL'éditeur français Robert Morel (1922-1990) a invoqué le rôle nécessaire de "passeur" de textes, alors qu'il exerçait, avec un culot extraordinaire, la profession d'éditeur de livres ordinaires et de livres singuliers, ces derniers que certains nomment aujourd'hui à tort des livres-objets, ce qui est faux puisque les tirages de ces livres-là aux couvertures savantes, richement sculptées par le talent prodigieux de sa compagne Odette Ducarre, variaient entre 1000 et 5000 exemplaires (un livre-objet est imprimé à quelques exemplaires, seulement), voire plus quand le livre se vendait bien... Les livres de Robert Morel éditeur avaient ceci de remarquable, c'est qu'on les remarquait sur l'étal du libraire par leur couverture colorée, la qualité de leur reliure (cahiers cousus au fil avec emboîtage cartonnée et toilée), le choix de la typographie, l'achevé d'imprimer toujours rédigé avec soin, etc; Si bien qu'aujourd'hui les livres de Robert Morel sont devenus des trésors de bibliophilie que les collectionneurs achètent pour leur facture et non pour leur contenu.
Robert Morel, écrivain, journaliste, poète, aimait les écrivains, les poètes, la littérature, les philosophes, les moines, les artistes, les créateurs. Il aimait la pensée, les idées, les projets, les livres. Il lisait la Bible, il aimait Dieu, il traduisait l'hébreu.
Comme Robert Morel éditeur, ils ont été quelques-uns au XXe siècle à animer des maisons d'édition originales, comme Simon Kra, Albert Skira, Pierre-André Benoît (PAB) et d'autres, au nom d'une relation privilégiée entre l'auteur et l'éditeur. L'éditeur alors créait une maison d'édition afin de pouvoir publier les textes de ses amis... L'écrivain était un véritable ami pour l'éditeur et inversement ; il était l'ami de l'éditeur, l'ami qui fréquentait la maison de l'éditeur, l'ami qui entrait dans la famille de l'éditeur, l'ami qui écrivait tous les jours ou presque, à l'éditeur, l'ami qui passait ses vacances dans la résidence d'été de l'éditeur... L'éditeur avait alors un visage, une personnalité, une sensibilité. Il aimait l'écrivain dont il publiait les manuscrits. Entre l'un et l'autre se développait une relation affectueuse, à l'image d'une relation père-fils.
Robert Morel éditeur a publié plus de 600 livres entre 1955 et 1974. Il a construit un catalogue d'auteurs, avec des titres de collections comme les Saints de tous les jours, les Célébrations, La Cuisine rustique, La Collection blanche, dont seulement quelques œuvres demeurent mémorables. Il y a eu des coups de génie comme les O imaginée par Odette Ducarre, qui pourrait bien encore en 2009 représenter un produit d'édition d'une très grande modernité. Le catalogue a forcément vieilli, les œuvres et les auteurs aujourd'hui oubliés. C'est là une loi du temps, le jugement est sans appel. Mais le catalogue n'en reflète pas moins le dynamisme d'une vie intellectuelle de l'après-guerre. Ce catalogue est un éloquent témoignage, pour l'historien du Livre.
On remarquera aujourd'hui, entre autres, le nombre très peu important de femmes parmi les auteurs publiés par Robert Morel. Et parmi les quelques femmes, un nom domine, celui de Mireille Sorgues. Robert Morel a donné la parole à Mireille Sorgues en publiant L'Amant, (aujourd'hui disponible dans l'édition Le Livre de poche, 222 pages, 4,40 euros).
Ce fut probablement l'aventure éditoriale la plus troublante que vécut Robert Morel.
Cette jeune femme, à peine sortie de l'adolescence, lui avait envoyé par la Poste un manuscrit. Mireille Sorgues se recommandait alors de François Solesmes, un enseignant bien plus âgé qu'elle, un auteur figurant dans le catalogue des éditions Robert Morel, un ami lui-même de l'éditeur ; ce même François Solesmes avait été l'amant... S'ensuit une longue correspondance entre Mireille Sorgues et l'éditeur, avant de prendre la décision de faire un livre, puis pendant le temps de la préparation du livre, les lectures d'épreuves, etc. L'éditeur devint le confident de Mireille Sorgues qui jamais ne le rencontra physiquement, jusqu'à ce jour où âgée de 23 ans, elle se jettera d'un train, près de Nimes. L'Amant paraîtra quelques semaines plus tard.
Le passé est tu. Aujourd'hui, dans l'édition de Livre de Poche de l'Amant, on ne fait plus véritablement référence au premier éditeur de Mireille Sorgues. Et pourtant, ce seul livre qui s'intitule L'Amant doit toute son existence à cette seule relation étroite, littéraire, confidentielle, intime, secrète entre l'écrivain et l'éditeur.
De nos jours, l'amitié entre l'éditeur et l'écrivain s'est transformée en relation professionnelle. Voilà que la littérature est entrée dans le "marché". Un auteur est reconnu pour le nombre d'exemplaires que son éditeur vend. Rares sont les écrivains contemporains qui signalent une relation étroite avec leur éditeur. Les maisons d'éditions sont devenues si vastes, si anonymes que l'amitié entre les uns et les autres paraîtraient déplacées, car "non professionnelles".
Au XXe siècle il y eut des trésors de livres qui furent publiés simplement au nom d'une émotion.
Aujourd'hui, nul ne connaît l'œuvre de l'éditeur Robert Morel. On ne l'enseigne pas dans les cursus de formations universitaires d'édition aux futurs professionnels de ce secteur.
Seuls demeurent des témoins (ceux qui ne sont pas encore morts !) : ceux qui furent ses amis, ceux qui vinrent lui rendre visite dans sa maison du Jas-du-Revest-Saint-Martin à Forcalquier, ceux qui le croisèrent à Francfort à la Foire internationale du livre, ceux qui lui envoyèrent un manuscrit et qui reçurent une si jolie lettre écrite à la main ou à la machine à écrire pour expliquer que ce texte ne serait pas publié par lui...
Je suis devenue éditrice de livres après lui avoir écrit pendant 10 ans dès l'âge de 14 ans, après l'avoir rencontré alors que les éditions Robert Morel venaient de subir une liquidation judiciaire dont il ne se remettra jamais, après avoir écouté son expérience qu'il me transmit comme un enseignement de vie.

PS : Vous pouvez découvrir les lettres que Robert Morel adressait à ses clients, ses amis. Cliquez ici.

17.12.2008

Le Livre à la carte : c'est quoi ?

Le Livre à la carte, c'est un label que j'ai créé, il y a quelques années, parallèlement à mes activités de directrice éditoriale pour la maison d'édition Complicités.
Le Livre à la carte permet de mener à son terme un projet éditorial proposé par une institution ou un particulier, en dehors de système de diffusion ou distribution classique. Mais ce label permet surtout d'assurer une production en flux tendu, soit en tirage court (numérique) soit tirage offset (quantité réduite).
Dans les années à venir, les auteurs seront de plus en plus concernés par des solutions mises à leur disposition pour tirer leur livre, eux-mêmes, en 1 seul exemplaire s'il le souhaite. Ces techniques sont déjà mises en œuvre sur le marché.
Pourquoi aura-t-on toujours besoin de l'éditeur ? si l'éditeur doit penser à diversifier ses activités, les auteurs auront toujours besoin des compétences de l'éditeur dans cette opération importante qui consiste à transformer un manuscrit en livre. Pour ce faire, il ne suffit pas de disposer du logiciel adéquat dans son ordinateur.
Le Livre à la carte met à disposition de son client un savoir-faire : lecture, écriture, ré-écriture, mise en pages, typographie, impression.
Nombre de clients ont déjà fait appel à ce service.
Si vous souhaitez faire appel à nos compétences, prenez contact avec nous en envoyant un message

16.12.2008

Ecrire, ré-écrire un texte

Un texte n'est jamais abouti. Je suis toujours surprise lorsque je demande aux auteurs de relire leur texte et d'apporter les nouvelles corrections. Ils me regardent, interloqués. Ils ont du mal à comprendre que ce texte qui a été accepté par l'éditeur puisse encore être modifié. Comme si le texte était une œuvre bouclée une bonne fois pour toute. La ré-écriture est une tentation salutaire. Il faut passer le temps à reprendre le texte, jusqu'à épuisement de soi même. C'est un moment riche, pour l'écrivain face à son texte : le reprendre, l'enrichir, lui redonner une couleur qui lui manquait. La réécriture d'un texte est aussi un travail fastidieux que certains auteurs universitaires d'ailleurs confient à des professionnels pour pouvoir prendre du recul face à leur travaux de publications. Je conçois cela.

12.12.2008

Créer un livre

rodin.jpegD'un manuscrit, comment passer au livre? C'est souvent une "aventure" qui met l'auteur dans un état d'inquiétude.
C'est pourquoi il faut mieux s'adresser à un spécialiste de l'édition.
Tous les manuscrits ne sont pas bons à être publiés. Mais il est vrai que des auteurs sont les mieux placés pour promouvoir leurs livres, et les éditer eux-mêmes.
J'utilise les nouvelles technologies pour proposer de petits tirages aux auteurs qui souhaitent diffuser eux-mêmes leurs écrits. Entre 50 et 100 exemplaires (voire plus si le projet a de l'ampleur !). Selon la nature du texte à mettre en pages. Les auteurs pensent à la publication : avoir ce livre dont ils ont tant rêvé entre les mains. Et puis, le voir sur l'étal du libraire. Mais avant d'en arriver là, que de réflexions ! Combien d'étapes à franchir !

Si je m'intéresse aussi à cette catégorie d'auteurs / éditeurs de leurs oeuvres, c'est parce que j'ai tant reçu de livres auto édités, si mal mis en pages, si mal relus. Des livres faits à la va-vite, sans amour du livre. Je préviens les auteurs qui viennent me voir que nous allons prendre le temps de faire le livre avec eux. Ce ne sera pas un livre rare ou précieux, ce sera un livre de facture classique mais réfléchi, médité... Ce travail a un coût. Mais si ailleurs j'apprends des coûts exagérés, ici rien de cela. Parce que l'expérience est là, la réalisation de l'ouvrage bénéficie d'une méthodologie efficace. On ne perd pas son temps. Mais on passe du temps. C'est différent.

Ci-contre, c'est un détail d'une œuvre de Rodin que j'ai utilisée comme visuel d'une couverture pour le livre intitulé "L'Oeuvre du Féminin dans l'écriture de Maurice Blanchot", publié dans la collection "Compagnie de Maurice Blanchot" aux éditions Complicités.